EXCLUSIF. Entretien avec Rainer Höss, victime collatérale du nazisme

C'est le petit fils de Rudolf Höss, commandant du camp d'Auschwitz-Birkenau. En victime collatérale du nazisme, il témoigne de la vie que lui a légué son aïeul.

11/02/2017 à 19:46 par fabrice.cahen

Il n’aurait pas pu tuer le père, mais il l’aurait fait volontiers du grand-père. À 52 ans, Rainer Höss est encore jeune, à l’échelle du temps de son histoire. Celle d’un petit-fils d’un des criminels nazis les plus connus. Il a compris le secret de famille qu’à 15 ans. À 16 ans, il n’en pouvait plus du non-dit. Il s’est enfuit de la maison familiale. À cet âge, son grand-père était sur le front de La Première Guerre mondiale, avant de virer vers l’extrême, dont-il ne sortira plus jusqu’à sa pendaison, à 46 ans. C’est à ce même âge que Raïner a engagé le chemin inverse pour tenter de réparer un passé familial, a jamais dévasté par le nazisme. Alors que d’autres s’identifient à leur agresseur, lui s’associe aux victimes. Il s’est tatoué des matricules de déportés sur le torse, porte une étoile de David au cou, que lui a remis une rescapé des camps. L’Echo Régional a pu l’interroger, à l’occasion de la promotion de son livre : l’Héritage du commandant.
A 52 ans, Rainer Hoss, petit-fils, du commandant du camp d'Auschwitz-Birkenau,
Rainer Hoss, 52 ans, est le petit-fils du commandant du camp d'Auschwitz-Birkenau.

Quand avez-vous appris le passé de votre grand-père ?

À l’âge de 15 ans, en lisant ses Mémoires, Commandant d’Auschwitz et le livre d’Hermann Langbein, Hommes et femmes à Auschwitz.

Que se disait-il dans votre famille au sujet de votre grand-père ?

Il était encensé, on disait de lui qu’il avait été un bon soldat. Sinon, on gardait le silence. Seul le chauffeur de mon grand-père, Leopold Heger, me donnait des détails sur ce qu’ils avaient fait, lui et mon grand-père, à Auschwitz.

L’antisémitisme a-t-il continué d’exister dans votre famille ?

Encore, aujourd’hui, tous les membres de cette famille sont d’avis qu’il était innocent, qu’il a été victime de la justice des vainqueurs et des Juifs.

Avez-vous eu honte de votre grand-père ?

Oui, j’ai eu honte, mais je ne me suis jamais senti coupable. Je ne me sens pas responsable des crimes qu’il a commis, pas plus que du nom que je porte.

Comment transmettez-vous désormais l’histoire de votre grand-père à vos enfants ?

D’emblée je leur ai permis d’accéder à mes recherches, je ne leur ai jamais rien caché. Mes enfants ont été élevés pour devenir des personnes libres et indépendantes, à l’opposé absolu de l’idéologie nazie.

Lorsque vous vous êtes rendu à Auschwitz-Birkenau ? Qu’avez-vous ressenti en tant que petit-fils du commandant de ce camp d’extermination ?

Je me suis déjà rendu 28 fois à Auschwitz depuis 2009 et, chaque fois, j’éprouve de l’horreur et un profond mépris vis-à-vis des bourreaux, et de la honte face aux victimes. Quand je suis sur place, je ne peux toucher à rien. Je ne veux pas avoir sur les mains le sang des victimes innocentes répandu par mon grand-père en tant que fondateur du camp d’Auschwitz et tueur de masse.

Ne pensez vous pas que le site d’Auschwitz-Birkenau est devenu un musée qui reçoit des touristes, alors qu’il s’agit du plus vaste cimetière juif d’Europe ?

Ce n’est pas seulement un cimetière juif. D’autres groupes ethniques y ont également été exterminés. Ce qui m’importe, ce n’est pas le nombre de morts : un être humain assassiné par un régime de cette nature, c’est déjà un mort de trop.

La meilleure arme contre les négationnistes de la Shoah, ce sont les nazis qui ont confirmé l’existence des camps. Le livre de mémoires de votre grand-père en atteste. Cependant, il existe encore des risques de nier l’histoire, de la déformer. Travaillez-vous aussi sur cette question ?

Je m’occupe très sérieusement du problème des négationnistes. Chaque fois que j’en ai l’opportunité, je fais tout ce qui est en mon pouvoir, avec l’aide de mes juristes, pour les contrer. Par ailleurs, je travaille beaucoup à ce que d’anciens criminels nazis soient, encore traînés devant les tribunaux. Il n’y a pas de prescription pour le meurtre.

Désormais vous œuvrez contre les nationalismes qui menacent l’Europe. Quel est le message que vous portez ?

Seul celui qui comprend la barbarie du Troisième Reich, pourra changer l’avenir.

(Traduction Elisabeth Willenz)

couverte livre Hoss
Le livre de Rainer est plus qu’un récit sur son grand-père. Il décrit la genèse du nazisme. la mort reste omniprésente au-delà de l’histoire familiale. On y découvre la jeunesse de Rudolf Höss, engagé à 16 ans dans le premier conflit mondial, sur le front orientale, en Irak où il tuera son premier homme. Sur cette terre où se forme aujourd’hui d’autres extrémismes. Il y sera blessé et y connaîtra l’amour charnel avec une infirmière, dans un hôpital en Palestine. On aurait préféré qu’il y meurt, sur cette Terre-Sainte, mais son destin funeste était ailleurs. À son retour en Allemagne, il sera des premiers à rejoindre les Corps-Francs. Il y commettra ses premières exactions. Y verra ses premiers cadavres carbonisés de femmes et d’enfants. Il sera complice du meurtre d’un enseignant de 23 ans, avec pour acolyte Martin Borman et Henrich Himmler, compagnons de route macabre, alors toute tracée. Tout a commencé pour lui en 1928, à sa sortie de prison, lorsqu’il intégra une communauté de marginaux écolos, qui rêvaient d’un retour aux racines, à la nature et d’espace vital… à l’est. Sorte de terre promise, que l’on aurait vidé de ses juifs et slaves, pour y implanter des colonies agricoles comme les kolkhozes de Russie et kibboutz de Palestine. La plupart vireront naturellement vers une autre culture, le nazisme, pour devenir des SS, dans des camps de concentration. Hoss occupera cette fonction dès 1934, qu’il ne quittera plus jusqu’à sa pendaison le 16 avril 1947, à Auschwitz. Il y a 70 ans.
L’ouvrage de son petit-fils n’est pas une biographie d’un des complices du plus grand génocide de l’histoire de l’humanité. Il ouvre les consciences des nouvelles générations, sur le nazisme pas totalement éteint dans la société allemande.
Extrait :
…« Mme Höss, nous vous le demandons pour la dernière fois : où est votre mari ? Où est-il ? » Réponse : « Il est mort. » Question : « Vous avez entendu le train dehors ? Ce train part pour la Russie – la Sibérie – et votre ls, qui est dans la cellule d’à côté, va prendre ce train. Vous avez deux minutes pour lui dire adieu. Ou alors vous nous écrivez l’adresse et le nom d’emprunt de votre mari – et vous rentrez chez vous avec votre fils. Vous avez dix minutes. »
“Des années plus tard, quand nous allions lui rendre visite avec ma grand-mère, mon père et mon frère, ce qui arrivait fréquemment, Leo (le chauffeur particulier de Rudolf Hoss) vivait à Dischingen, près de Heidenheim. Nous, les enfants, nous jouions dans le jardin, tandis que les adultes buvaient le café en mangeant des gâteaux sous le pommier et en évoquant le passé. Ils me semblaient alors plus joyeux que d’ordinaire. Je serais incapable de dire ce qu’ils se racontaient, je me rappelle juste que la conversation était ponctuée de : « Tu te souviens de…? » Également du fait que ma grand-mère était alors plus gentille, mais que la « patronne » en elle réapparaissait aussitôt. Leo s’inclinait pour lui servir le café, s’inquiétant de savoir si elle était installée confortablement, acquiesçant à tout ce qu’elle disait…”

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